Analyser ce qui rend les courses cyclistes amusantes

En 2019, le Tour de France a modifié ses règles afin que les équipes soient composées de huit coureurs au lieu de neuf. Christian Prudhomme, directeur du Tour, a justifié sa décision par des soucis de sécurité (moins de coureurs, donc moins de risques d’accidents) et de dynamisme de course (moins de coureurs, donc moins d’étapes verrouillées). Le changement est initialement proposé en 2017 par l’Union Cycliste Internationale (UCI), et d’autres courses majeures comme le Tour d’Italie (Giro) et le Tour d’Espagne (Vuelta) suivent également.

Alors que les changements controversé, les grands événements sportifs ajustent souvent leurs règles pour améliorer la sécurité, le spectacle, l’équité ou une éventuelle importance économique ; La Formule 1 est un exemple classique.

Alors que la 109e édition du Tour de France démarre le 1er juillet à Copenhague, au Danemark, à quoi ressemble l’avenir ? La Grande Boucle?

Un glissement d’intérêt du public – mais aussi un rebond

Les commentateurs et le public du Tour de France étaient fascinés par l’histoire de son passé, et beaucoup ont soutenu que c’était mieux « avant » – il y a plus d’incertitude, plus de spectacle et moins de courses verrouillées. L’idée que l’épopée cycliste du passé est due au fait que la technologie n’a pas pris le pas sur le facteur humain, et c’est frappant image en noir et blanc de la bataille classique a ramené l’idée à la maison. Le philosophe Roland Barthes a qualifié le Tour de France de « mythe moderne » et l’attribuer à l’importance des croyances collectives construites dans le passé.

Des technologies telles que les casques radio qui relaient les ordres des chefs d’équipe et les composants qui mesurent la force du coureur sont souvent accusées d’émousser le Tour de France. Il y a dix ans, nous avions déjà remarqué l’impact de la radio sur le déroulement de la courseet le débat est loin d’être clos.

Alors que les téléspectateurs du Tour ont continue de chuter ces dernières annéesL’édition 2021 a une audience globale 42,4 millions, enregistrement. Création des demi-manches, primes de temps, introduction de différents maillots, sprints intermédiaires et autres mesures ont été prises pour dynamiser la course, dont les deux dernières éditions ont été remportées par le Slovène Tadej Pogacar.

Cela signifie-t-il que les changements ont aidé le Tour de France à devenir plus intéressant à suivre ?

Valeur maillot jaune

Par souci de cohérence, notre analyse prendra comme point de départ la tournée de 1969, lorsque équipe rebaptiséedonnées sur cinq décennies.

Au cours des 50 dernières années, la vitesse moyenne de course a augmenté (actuellement, un peu moins de 41 km/h) tandis que la distance totale a diminué. Le matériel est également meilleur, l’équipe est plus structurée et la préparation des pilotes est plus sérieuse. La preuve est que taux d’abandon du Tour de France a chuté – plus que jamais, la présence des équipiers a été indispensable jusqu’au bout.

La figure suivante montre le pourcentage du taux d’abandon final et la vitesse finale moyenne.

On constate également une nette diminution de l’écart moyen entre les vainqueurs finaux et les seconds. La figure suivante montre, au cours des cinq dernières décennies, l’écart entre les vainqueurs et les deuxièmes et entre les vainqueurs et les troisièmes.

Serait-ce le signe d’une course de plus en plus compétitive ? Il faut se méfier de telles interprétations, car les écarts peuvent être contrôlés tout en minimisant les risques, grâce au travail des équipiers qui contrôlent la course. Alors quels critères objectifs permettent de penser que le Tour de France est vraiment discutable et potentiellement intéressant à suivre ?

Excluant délibérément les maillots ou les victoires d’étape, l’importance de la course est souvent associée à la « lutte » pour les maillots jaunes (premier classement dans le temps). En d’autres termes, si la possession du maillot jaune est incertaine, il devrait y avoir un plus grand intérêt pour la course.

L’incertitude inhérente au contrôle du maillot jaune repose sur deux dimensions : la forte variation des coureurs qui le portent tout au long de la course et la faiblesse du dernier écart.

Les années 2010, l’ère du Tour « maîtrisé »

Sur la base des données collectées sur le site procyclingstats.comnous avons fait une série de mesures pour chaque Tour concernant le nombre de porteurs de maillot jaune différents, le nombre de jours où le vainqueur a tenu le maillot pour la dernière fois, le nombre d’étapes qui ont vu le dernier maillot jaune changer de main, puis, comme vu plus haut, le dernier écart entre les trois premiers.

L’analyse permet de positionner et classer les 51 Tours de France depuis 1969 comme le montre le schéma suivant. (Notez que même si les sept victoires du pilote américain Lance Armstrong ont été annulées en raison du dopage, les données sont conservées pour une analyse statistique.)

Le placement des Tours de France correspond à la taille de l’écart et aux variations du maillot jaune. Graphique : Auteur fourni

Le quadrant supérieur gauche (en rouge) correspond à un Tour très dominé (une grosse fente et quelques maillots jaunes différents). Nous les appellerons des courses « verrouillées », et ce sont souvent les moins excitantes à suivre. On retrouvera plein de Tours des années 1970 dominés par le champion belge Eddy Merckx. La dernière tournée « verrouillée » remonte à 2014 avec une victoire de l’Italien Vincenzo Nibali lorsque plusieurs favoris ont été abandonnés.

Le quadrant supérieur droit (en orange) correspond à Tours où le nombre de coureurs portant le maillot jaune est très variable, mais ce dernier écart est important. Il s’agit d’un modèle classique des années 1980, lorsque le grand écart s’est créé. Il s’agit d’un circuit « ouvert puis fermé ».

Le quadrant inférieur gauche (en bleu) montre Tours où l’écart final est plus petit mais le contrôle du maillot jaune est plus élevé. Il s’agissait d’un Tour « contrôlé », la tendance de base des années 2010 avec l’équipe anglaise Sky gagnante aux côtés de Bradley Wiggins, Christopher Froome et Geraint Thomas.

Le modèle de course espagnol Miguel Indurain dans les années 1990 est lié à cette catégorie. Avec la force de son équipe et la domination de son contre-la-montre, le vainqueur n’a pas besoin de creuser un grand écart. C’est une course au management scientifique où le « profit marginal » s’avère décisif et les tensions sont de courte durée.

Le quadrant inférieur droit correspond au Tours de France qui est le plus intéressant – selon nous – car l’écart final est faible et il y a une forte variation des maillots jaunes. Ils incluent 1983 (première victoire de Laurent Fignon, avec 20 vainqueurs d’étape différents), 1987 (l’Irlandais Stephen Roche et une course au coude à coude avec son rival espagnol Pedro Delgado), 1989 (qui s’est terminée par la victoire de l’Américain Greg LeMond avec seulement 8 secondes d’avance sur Laurent Fignon) et 1990 (également remporté par LeMond). Le Tour de France 2019, avec la victoire du Colombien Egan Bernal et la ténacité du Français Julian Alaphilippe, a été une agréable surprise.

Nos résultats montrent clairement l’émergence de courses où l’écart est faible mais où le vainqueur final sort très tôt ; Cette tournée « contrôlée » était dominante dans le passé (années 2010).

Un des chars du Tour de France. Photo : Peter/Flickr CC BY 2.0

La technologie n’explique pas tout

Oui, les autorités cyclistes ont raison de changer les règles de course pour encourager plus de dynamisme, mais le Touring à son « âge d’or » n’est pas toujours plus excitant. Bien sûr, la réduction de la distance entre les premiers montre que les derniers Tours de France font preuve d’une plus grande maîtrise de la course : le vainqueur, immanquablement, tient son adversaire à distance. Interdire la technologie (écouteurs, wattmètres, GPS) peut avoir du sens, mais les tendances récentes sont similaires à celles des années 1970, qui manquaient de tels outils d’information.

La technologie n’explique pas tout, et définir la composition de l’équipe semble avoir plus de sens que d’interdire la technologie utilisée dans les courses (comme .) essai 2009).

Les questions sur la perception de la race par le public semblent également importantes pour mieux comprendre le problème. Historiquement, le Tour a été une course magnifiée par la presse écrite et plus tard par la radio, qui utilise certains faits de course pour dire ce que le public ne peut pas voir.

Les étapes sont désormais entièrement couvertes, avec des caméras plus importantes que des stylos, des transpondeurs GPS placés sur les vélos et un traitement des données en temps réel indiquant à chacun la position exacte du coureur.

L’incertitude, dans la théorie économique, est basée sur l’absence d’information. La foule devenait de plus en plus incertaine et cela a changé sa perception de la course. En conséquence, un effet de modération peut apparaître, indiquant que les courses sans vraies batailles seront considérées comme beaucoup plus ennuyeuses, alors que les courses avec beaucoup d’action seront davantage appréciées. Cet effet renforce la relation entre les événements réels et les perceptions qu’en ont les téléspectateurs, et continuera d’évoluer avec la technologie à la disposition des téléspectateurs et des médias.

Il est donc d’autant plus important que les règles soient modifiées, peut-être de manière heuristique, pour favoriser l’émergence d’événements de course intéressants. Il sera intéressant de voir comment se déroule le Tour 2022, de savoir dans quel quadrant il se terminera.Conversation

Gaël GueguenProfesseur en Stratégie et en Entrepreneuriat, TBS Education.

Cet article est republié de Conversation sous licence Creative Commons. Lis article original.

Lancelot Bonnay

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