Le Burkina Faso a déclaré qu’il suspendrait indéfiniment la licence de diffusion de sa chaîne d’information France 24 dans le pays en réponse à une interview diffusée par la chaîne publique française avec le chef d’un groupe terroriste lié à al-Qaïda.
France 24 a diffusé un entretien il y a trois semaines avec Abu Ubaydah Yusuf al-Anabi, un ressortissant algérien qui dirige al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui terrorise certaines parties du Sahel, une bande semi-aride de l’Afrique qui comprend le Burkina Faso, depuis près d’un décennie.
Rimtalba Jean Emmanuel Ouedraogo, porte-parole de la junte militaire de transition du Burkina, a déclaré qu’en interviewant des dirigeants islamiques, France 24 agit comme un « agent de communication pour ces terroristes et, pire encore, offre un espace pour légitimer les actes terroristes et les discours de haine.
« Ainsi, le gouvernement a décidé en toute responsabilité, et au nom de l’intérêt supérieur de la nation, de suspendre sine die die la diffusion de l’émission France 24 sur l’ensemble du territoire national », a ajouté Ouedraogo.
Le porte-parole a déclaré que le régime militaire respectait la liberté de la presse mais a mis en garde France 24 et d’autres médias sur « leur responsabilité quant aux choix éditoriaux qu’ils font dans le traitement des informations sur le terrorisme ».
France Médias Monde, la holding publique qui contrôle France 24, a déclaré « regretter la décision et s’opposer aux accusations sans fondement qui remettent en cause le professionnalisme de la chaîne ». Il a ajouté que France 24 n’avait pas diffusé l’interview d’al-Anabi en direct, optant plutôt pour un format éditorial qui permet aux journalistes « d’injecter la distance et le contexte nécessaires ».
Al-Anabi est devenu le chef de l’organisation terroriste en 2020 après que son prédécesseur, Abdelmalek Droukdel, a été tué par l’armée française et les forces alliées lors d’une attaque au Mali. Le gouvernement américain offre des cadeaux allant jusqu’à 7 millions de dollars pour des informations sur lui.
L’interdiction de France 24 est le dernier signe de la détérioration des relations entre le Burkina et son ancien dirigeant colonial. Le gouvernement a annoncé en janvier qu’il avait ordonné aux forces spéciales françaises de partir, affirmant que ses propres forces défendraient le pays contre les affiliés de l’EI et d’al-Qaïda qu’il combattait.
L’ordre de retrait met fin à un accord de 2018 qui permettait à environ 400 soldats français d’être stationnés dans des bases en dehors de la capitale, Ouagadougou. Les troupes françaises sont parties en février, selon le gouvernement burkinabé.
Dans une interview à France 24, al-Anabi a déclaré qu’il considérait le retrait des troupes françaises du Mali et du Burkina Faso comme un succès pour son groupe. Il décrit également la société militaire russe privée Wagner, présente au Mali, comme une puissance coloniale.
L’interdiction est un nouveau revers pour les opérations de France 24 en Afrique de l’Ouest, où elle avait une large audience dans l’ancienne colonie francophone. Le gouvernement militaire du Mali a interdit la chaîne d’information l’année dernière ainsi que son réseau sœur Radio France Internationale après avoir accusé les abus des forces armées du pays.
France 24 a déclaré que la chaîne resterait accessible aux Burkinabés via le satellite et les réseaux sociaux tels que YouTube.
Reportage complémentaire de Leila Abboud à Paris
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