perspective | Marie Lemoine s’est peinte elle-même et sa sœur pendant la Révolution française

Lorsque des artistes sont ignorés parce que (par exemple) ce sont des femmes, cela peut laisser un vide frustrant dans les archives historiques. La peinture de Marie-Victoire Lemoine de 1789 (1754-1820) au Metropolitan Museum of Art de New York en est un exemple.

Inutile de dire que 1789 fut une grande année en France. Il n’y a aucun signe de l’assaut de la Bastille dans la peinture de Lemoine. Mais les bouleversements de la société française provoqués par la révolution vont changer les opportunités pour les femmes artistes au cours des prochaines décennies.

Avant la révolution, en 1783, deux femmes extraordinaires, Adélaïde Labille-Guiard et Elisabeth Vigée Le Brun, ont été admises à Académie royale. Elles ne sont que les troisième et quatrième femmes à être admises en 150 ans d’histoire de l’institution. Voulant promouvoir les luttes des femmes artistes, Labelle-Guiard peint une œuvre (également au Met) qui est un précurseur évident de Lemoine : il montre l’artiste lui-même, assis sur un chevalet, avec deux étudiantes derrière lui.

La toile de Lemoine de 1789 véhicule un message similaire : les capacités des femmes. (On y retrouve également le même type de chaise verte au capitonnage ovale.) Pendant longtemps, on a cru que le tableau se voulait un hommage à Vigée Le Brun. Mais on croit désormais montrer Lemoine seul (debout) avec sa sœur cadette Marie-Élisabeth, qui est également artiste.

Lemoine se tient, palette à la main, devant une grande toile encore en début d’exécution. J’aime l’image dans l’image car elle permet aux peintres de jouer à des jeux avec différents degrés d’illusionnisme. Ils peuvent mettre la fiction au premier plan ou vous inciter, avec un contraste implicite, à y croire davantage.

Cette toile sur toile inachevée n’est principalement qu’un croquis au trait blanc. Seule une figure agenouillée aux bras tendus avait été peinte. Le sujet est résolument classique (un personnage debout portant une couronne de laurier). Et cela en soi semble significatif. Les femmes qui choisissent de peindre sont encouragées à maîtriser la nature morte et les portraits (Lemoine démontre ici ses compétences dans les deux genres). Mais le genre le plus prestigieux est la « peinture d’histoire » (sujets classiques et religieux), et la peinture d’histoire est encore majoritairement masculine. Lemoine a montré qu’il était prêt à inverser la tendance.

Les poses des personnages sur la toile posée sur un chevalet semblent faire écho au tableau d’ensemble : un personnage debout dominant une femme assise. L’ensemble du tableau est en belles mèches mauves et vertes. Cette harmonie se retrouve dans les motifs des nappes, des fleurs sur les vases, des rideaux et des chaises. Pour moi, la tête de l’artiste assise me semble un peu trop petite par rapport à sa sœur à l’arrière, mais peut-être est-ce intentionnel ?

Compte tenu de la tourmente plus large, Lemoine a dû attendre quelques années, mais sa peinture a finalement été exposée au Salon de 1796. À ce moment-là, l’Académie royale avait été supprimée et l’accès des femmes à la formation, aux opportunités d’exposition et aux marchés a commencé à prospérer. significativement.

Cependant, par rapport aux hommes, les femmes restaient défavorisées, et personne n’avait entendu parler de Lemoine lors de la commercialisation de ce tableau en 1920. Le tableau est resté dans sa famille depuis sa mort un siècle plus tôt. Lorsqu’il fut prêté à une exposition en 1926, il s’intitulait « Madame Vigée Le Brun dans son atelier donnant des cours à son élève Mademoiselle Lemoine ». En fait, cependant, Vigée Le Brun n’a jamais été le professeur de Lemoine, ce titre spéculatif a donc été rejeté. Les chercheurs ont plutôt opté pour l’idée que le tableau montre Lemoine et sa sœur.

S’ils étaient corrects, le tableau pourrait être placé au début d’une longue et intéressante histoire de sœurs en France (parmi lesquelles la grande impressionniste Berthe Morisot et sa sœur. Edma) étudient l’art ensemble, partagent des ateliers, s’inscrivent au Louvre et s’apportent mutuellement le soutien moral qui est essentiel dans le monde de l’art et dans la société dominée par les hommes.

Jacques Fontaine

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