Patrimoine culturel du Bénin : le chemin du retour

L’une des pièces trouvées est exposée au musée du quai Branly à Paris avant d’être transférée au Bénin (Getty)

Des décennies après que les pays du continent africain ont retrouvé leur souveraineté, la plupart de leurs trésors culturels et artistiques pillés à l’époque coloniale résident toujours dans des musées européens. Pas un peu n’a été pillé; Les estimations officielles suggèrent qu’entre quatre-vingt-dix et quatre-vingt-quinze pour cent du patrimoine culturel de l’Afrique réside actuellement en dehors du continent.

En France, qui compte plus de quatre-vingt-dix mille pièces du patrimoine africain, une démarche a été engagée il y a près de quatre ans pour en restaurer une partie. Lors de sa visite au Burkina Faso en novembre 2017, le président français Emmanuel Macron a exprimé, dans un discours à l’Université de Ouagadougou, sa volonté de restituer le patrimoine africain à sa patrie, dans le cadre de ce qu’il a appelé « une réorientation des politiques culturelles françaises vers l’Afrique ». . » Établissez un délai pouvant aller jusqu’à cinq ans pour achever le processus.

Le discours de Macron, dans lequel il a également évoqué les « crimes du colonialisme européen » en Afrique, a été qualifié d' »historique ». C’est la première fois qu’un président français annonce sa volonté de restituer des antiquités africaines pillées. Avant cela, les présidents du pays (dont certains, comme Jacques Chirac, ont exprimé leur admiration pour l’art africain) ont tenté de stocker des biens volés.

Trois mois après son discours, en mars 2018, Macron a annoncé la nomination de deux experts culturels ; Ce sont : l’historien d’art français Benoît Savoy (1972) et le chercheur et universitaire sénégalais Floyn Sarr (1972), qui se préparent à étudier la richesse de la culture africaine en France, en vue de retourner dans leur pays d’origine. En effet, les deux experts ont préparé un rapport publié en novembre de la même année, qui comprend des faits saillants historiques sur le pillage des œuvres d’art des anciennes colonies françaises d’Afrique, notamment entre 1885 et 1960, et un inventaire détaillé de dizaines de milliers d’œuvres. qui sont censés être concernés par le retour, et des recommandations sur la façon de le restaurer.

Le Tchad en tête de liste des pays africains spoliés par la France

Le Tchad arrive en tête de liste des pays africains dont les antiquités ont été pillées par la France avec près de 9 200 exemplaires, suivi du Cameroun (7 800) et de Madagascar (7 500). Quant aux institutions françaises, le musée du quai Branly (fondé par Chirac en 2006 et situé près de la tour Eiffel à Paris) arrive en tête de liste avec soixante-dix mille pièces, dont environ la moitié pourraient être intéressées à revenir, selon le rapport.

L’annonce de Macron d’affecter la Savoie à cette tâche est intervenue à l’issue de sa rencontre avec Patrice Talon ; Le président du Bénin, qui en juillet 2016, a fait une demande formelle à Paris pour restaurer une partie de son patrimoine culturel ; On compte pas moins de cinq mille de ses antiquités dans les collections publiques et privées françaises. La plupart de ces objets ont été pillés par des missionnaires et missionnaires « culturels » entre 1892 et 1894, et ils appartenaient au « Royaume du Dahomey », qui a été fondé par le peuple Fon vers 1600 après JC dans l’actuel Bénin (il est devenu une puissance régionale en 1975), et devient une puissance régionale, avant de commencer à perdre de l’influence à la fin du XIXe siècle, de se terminer en 1892 sous l’occupation française, et d’être annexée à la « Colonie ouest-africaine » française en 1899.

La déclaration de Macron, à Ouagadougou, selon laquelle il ne peut accepter qu’une grande partie du patrimoine culturel africain existe encore en France, ne suffit pas. Sans rendre cet héritage à son pays d’origine, il existe de nombreux obstacles, dont le plus important est la loi ; La loi française sur le patrimoine régit le principe de non-aliénation des biens culturels publics.

Dans son histoire, la France n’a adopté des lois spéciales pour restituer des « propriétés » historiques à leur pays d’origine qu’à trois reprises ; La première date d’avril 2002, lorsque le Parlement français a voté le retour en Afrique du Sud de la dépouille de Sartje Bartmann (1789-1815), située dans le soi-disant « Musée de l’Homme » à Paris, en Afrique du Sud (Bartmann était issu d’une tribu que l’on croyait être l’une des premières tribus à habiter l’Afrique du Sud, et qui fut exploitée en Europe en étudiant son anatomie, avant d’être montrée nue dans les cirques britanniques et français). La deuxième fois, quand, en 2012, il a choisi de reprendre la tête d’un groupe de combattants « Maoris » (indigènes néo-zélandais), qui se trouvaient au « Musée des beaux-arts de Roanne », dans le nord-ouest du pays.

Puis le Parlement a voté, et pour la troisième fois, en décembre 2020, la restitution des biens culturels au Bénin et au Sénégal. Ce sont vingt-sept artefacts hébergés au Musée du Quai Branley. Cependant, les députés ont rejeté la proposition de former une commission pour étudier une demande similaire.

Une grande partie du patrimoine du Bénin a été pillée par des expéditions « culturelles » entre 1892 et 1894

Ainsi, lors du plus grand rapatriement d’artefacts africains, la France a restitué en novembre dernier vingt-six artefacts au Bénin (la vingt-septième pièce est l’épée historique du chef religieux sénégalais El Hadj Omar Tal El Foti). C’était l’aboutissement heureux des négociations entre les deux pays, qui ont duré deux ans, et la fin d’un long voyage qui a duré près de 130 ans. D’autre part, ce sera le début d’un nouveau voyage ; Le président du Bénin, Patrice Talon, a annoncé que son pays demanderait à son ancien colonisateur de restituer les autres pièces qui existent encore.

Ces antiquités, accueillies dans leur patrie par des fêtes populaires et officielles, sont devenues le centre d’intérêt de l’exposition que Cotonou organise du 20 février au 22 mai.

L’exposition s’intitule « L’art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la relecture à la révélation ». Un musée de deux mille mètres carrés a été spécialement aménagé pour abriter les pièces présentées au public pour la première fois dans leur patrie natale depuis que la colonisation française les a pillées du « Palais des Cendres » du Royaume du Dahomey en 1894.

Les œuvres d’art exposées sont des trônes royaux et des statues ; Parmi eux se trouvent des statues mi-homme, mi-requin, baguette magique et porte sacrée. tout appartient à Behanzim; Le dernier roi du Dahomey, qui fut capturé par l’armée d’occupation française en 1894 et exilé à l’île de la Martinique, tandis que le commandant de l’armée, le général Dodds, prit le contrôle du détournement de ces biens et les transporta à l’étranger.

Charlotte Baudin

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