Bilan : Est-il temps de prendre Saint-Saëns au sérieux ?

« Pendant des heures après que Jean-Philippe Collard ait quitté le cinquième concert de piano de Camille Saint-Saëns pour un tas d’éclats sur la scène du Hollywood Bowl », a écrit Alan Rich dans LA hebdomadaire à l’été 1999, « je me suis creusé la tête en essayant – en vain, d’ailleurs – de penser à un pire morceau de musique d’un compositeur célèbre. » Dans mon cas, j’ai rejeté le concert de Saint-Saëns, dit « L’Égyptien », comme « ridicule » dans The Times.

Que pensons-nous? Il ne diffère pas l’un de l’autre ni de la sagesse acceptée de l’un des compositeurs les plus célèbres et les plus populaires de France. Après sa mort à l’âge de 86 ans en décembre 1921, la réputation de Saint-Saëns ne cesse de décliner. Debussy, Ravel et Satie ont mené la révolution musicale française du début du XXe siècle, tandis que « La Splendeur de Saint-Saëns », le titre du programme du Los Angeles Philharmonic Bowl de jeudi soir, représentait un romantisme jugé dépassé.

Oui, Saint-Saëns a écrit « Le Carnaval des Animaux », absolument attirant pour les enfants, grande pianiste (Martha Argerich, l’une d’entre elles) et ballerine cygne. Mais de l’énorme rendement des Saint-Saëns, un seul de ses 13 opéras (« Samson et Delilah »), deux de ses 10 concerts (le premier pour violoncelle et le second pour piano) et la Symphonie No. 3 (la dernière de ses cinq symphonies, dont deux sont tellement sous-estimées qu’elles restent non numérotées) reste également relativement connue. Vous avez peut-être pensé jeudi soir, lorsque l’Orchestre philharmonique de Los Angeles a interprété « Bacchanale » de « Samson and Delilah », First Cello Concerto et Third Symphony (« Organ »), que même ces tubes n’étaient plus aussi excitants. La fréquentation a été sensiblement plus faible qu’à tout autre programme de LA Phil cet été.

Mais Saint-SaLa réputation de ns a en effet beaucoup changé au cours du dernier quart de siècle. Il peut mépriser l’impressionnisme français et considérer « Le Sacre du printemps » de Stravinsky comme l’œuvre d’un fou moderniste, mais Saint-Saëns est de plus en plus considéré comme une sorte de proto-postmoderniste radical. Malgré toute son hostilité réactionnaire à la musique « moderne », il était un éclectique extraordinaire, voyageant beaucoup, en particulier au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie, absorbant les traditions musicales avant qu’elles ne s’occidentalisent. Il a passé du temps en Russie avec Tchaïkovski. Malgré tout son romantisme somptueux, il était aussi un classiciste raffiné, étudiant la littérature classique et l’archéologie. Il avait un esprit scientifique et était un mathématicien accompli et un astronome amateur.

Enfant prodige pianiste, organiste et compositeur, Saint-Saëns est parfois surnommé le Mozart français. Il attire l’attention de Berlioz et de Liszt, tous deux très influents. Il est un mélodique incroyable et sans vergogne. Il est ouvert à diverses influences, tombant notamment sous le charme de ce qu’il entend (et apprend !) lors de ses voyages. C’est un orchestre glamour et original qui scintille librement, même si cela sonne kitsch pour Alan et moi dans son écriture au piano pour « L’Égyptien ».

La combinaison de l’érudition, de nouvelles performances éclairantes, de la redécouverte d’œuvres abandonnées et de la rage irrésistible contre l’éclectisme dans notre culture musicale actuelle a rendu Saint-Saëns non seulement savoureux mais à jour. Un nouvel enregistrement brillant d’un concerto pour piano du jeune pianiste Alexandre Kantorow, avec Tapiola Sinfonietta, dirigé par son père, Jean-Jacques Kantorow, faisant même sonner « L’Égyptien » comme le splendide panache d’une époque plus innocente.

Les enregistrements récents de « Ascanio » et « Le Timbre d’Argent » révèlent un compositeur d’opéra français avec une portée bien plus grande qu’on ne l’imaginait auparavant. Deux nouveaux ensembles de cinq symphonies offrent une révélation supplémentaire. Le Kantorow et l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège offrent profondeur et flair. D’autres, avec Cristian Macelaru à la tête de l’Orchestre national de France, sont plus clairs. Mais le chef d’orchestre roumain se trouve être le directeur musical du Cabrillo Festival, fondé par Lou Harrison, un grand mélodique californien et éclectique. Comme Saint-Saëns, Harrison, comme il le dit, étale ses jouets sur une grande surface.

Saint-Saëns, de plus, est venu dans la région de la baie en 1915 pour interpréter sa troisième symphonie de l’orchestre symphonique de San Francisco. Là-bas, il a présidé la première de « Hail California », écrite pour le grand orgue et orchestre John Philip Sousa, dans le cadre de l’Exposition internationale Panama-Pacifique, qui commémore l’ouverture du canal de Panama.

Le « California Greetings », oublié depuis longtemps, qui comprend des références à « Marseillaise » et « Band of the Twinkling Stars » (pas d’enregistrement mais peut être trouvé sur Youtube) viendra compléter de façon animée l’habituelle Saint-Saëns du jeudi. Mais le programme est, après tout, bien conçu pour apporter du plaisir.

Ce fut le dernier concert de Paolo Bortolameolli en tant que chef associé de LA Phil. Le chef d’orchestre chilien, directeur musical de l’orchestre de jeunes mexicain Sinfónica Azteca, est un éclectique imaginatif qui a dirigé le mois dernier divers programmes LA Phil Green Umbrella au Ford Theatre, ainsi que des concerts avec Devonté Hynes.

Pourtant, Bortolameolli, plus suave que clinquant, apporte un raffinement bienvenu à Saint-Saëns. Le concert de violoncelle commence par un accord dramatique en la mineur dans l’orchestre, qui semble surprendre un soliste. Le deuxième thème est une belle mélodie, généralement entendue comme un soupir de soulagement. Sorti de nulle part, le concerto s’est aventuré dans un monde qui a miraculeusement manqué des minutes avant de revenir avec plus de force au drame initial.

Les violoncellistes ont tendance à rechercher, avec une forte expressivité, une narration théâtrale. Cependant, il n’y a rien d’étonnant à propos de Bortolameolli et du jeune violoncelliste espagnol Pablo Ferrández. Ce sont les Saint-Saëns classiques méticuleux, les Saint-Sans astronomes ; Les Saint-Saëns errants écoutent la musique des autres, sans exprimer leur propre ego.

Le ton de Ferrändez se renforce gracieusement tout au long de l’exécution, traitant le concerto comme une œuvre dans laquelle il peut suivre son propre chemin de découverte. Son ton était très beau mais elle ne l’a jamais exploité à son profit. Il génère de l’excitation par le rythme mais le maintient aussi bas, donc l’impression est que toute la magie est dans la musique.

C’est aussi une force dans l’apparition de Bortolameolli dans « Organ » Symphony. L’utilisation de l’orgue par Saint-Saëns est une bizarrerie, mais le piano aussi, avec deux pianistes assis à côté de l’orgue. Le piano sert ici de glossaire, et Saint-Saëns prend 20 doigts pour donner la bonne dose.

C’est une merveilleuse symphonie – sombre au début, la plupart du temps agitée, la plupart du temps éblouissante. Cet orgue est utilisé au ralenti chargé d’encens pour le bourdon discret d’un autre monde et son dialogue sensuel avec les cordes.

Le mouvement final est le spectacle. Lorsque vous essayez de nouveaux haut-parleurs pour votre chaîne stéréo, c’est un geste à jouer pour tester les graves et les aigus et vous assurer que votre amplificateur a suffisamment de puissance. Probablement pas. Cette symphonie est inenregistrable et défie même le terrible système de sonorisation de Bowl.

Bortolameolli n’a aucun tour dans son sac. Il a laissé la symphonie ouverte, heureusement quand c’était son humeur, généreusement quand elle était demandée et, finalement, magistralement plutôt qu’imprudemment. LA Phil gère ce genre de choses avec facilité. Bowl moins, la transition en douceur de Saint-Saëns semblait cataire dans les avions aériens. Mais aucun hélicoptère n’est à la hauteur de la Finale.

Alors que Bortolameolli a maintenant évolué – un poste de directeur musical en chef semble certain quelque part – il reviendra au Walt Disney Concert Hall la saison prochaine pour le concert de Green Umbrella.

Jacques Fontaine

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