Adieu au chaos de la France en Afrique

Les relations bilatérales entre la France et le Mali ont atteint un niveau de déclin dangereux. Aucune autorité dirigeante au Mali, depuis l’indépendance du pays à l’été 1960, n’a osé y expulser l’ambassadeur de France. Mais les nouveaux putschistes ont eu l’audace de le faire, dans un acte qui a pris Paris par surprise. Et dans leur audace se cache plus qu’un message. Les autorités maliennes n’ont jamais interféré à la dernière minute avec la visite du président français à Bamako, comme elles l’ont fait avec Emmanuel Macron à la fin du mois dernier.
L’expulsion de l’ambassadeur de France de Bamako ne peut être lue comme une tension passagère entre les deux pays qui se répète un peu partout dans le monde. C’était un signe que la situation dans toute la région du Sahel africain se retournait contre la France. C’est aussi le signe que la domination politique, militaire, stratégique et économique de la France sur ses anciennes colonies africaines est entrée dans une phase de déclin.
Le problème de la France par rapport à son ancienne colonie sur le continent brun est que sa mentalité coloniale n’est pas encore développée. L’Afrique a changé socialement, culturellement et démographiquement, pas la vision française. Les Français d’aujourd’hui voient l’Afrique comme dans les années soixante. La vision que Macron a de lui-même n’est pas très différente de celle de Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing. Ce point de vue, en plus d’être supérieur et raciste, impose un double standard à chaque événement en Afrique, en particulier le coup d’État. Alors qu’Idriss Deby a pris son fils dans ses bras après avoir hérité du pouvoir absolu de son père lors d’un coup d’État en douceur au printemps dernier, Paris assiège un nouveau putsch au Mali. Il existe plusieurs exemples du paradoxe français.
La position de la France dans tout coup d’État en Afrique n’a rien à voir avec les principes et les slogans de la liberté, des droits et du régime civil. L’importance et la continuité de l’hégémonie sont les facteurs déterminants. Si le coup d’État servait les intérêts de Paris dans le pays et la région, il le soutiendrait et le défendrait dans le monde entier. Sinon, il sera entouré et expulsé de son tiroir poussiéreux, les slogans de la liberté, des droits et des institutions du gouvernement civil. Paris se permettait souvent de prêcher et de donner des ordres et des directives d’en haut.
Et parce que l’Afrique change rapidement et qu’émerge en elle une nouvelle mentalité qui croit pouvoir vivre sans la France, les manipulations françaises ne sont plus aussi facilement influencées par les Africains qu’elles l’étaient pour leurs ancêtres. C’est ce que la France doit comprendre et traiter avec réalisme.
Quiconque lit la presse française ces jours-ci est arrêté par l’intérêt croissant pour les sentiments anti-français croissants dans les pays d’Afrique sahélienne. L’ascension tardive, et surtout, ne semble pas avoir retenu l’attention des hommes politiques français, et le résultat a été ce déclin et les pertes stratégiques et politiques que la France a infligées.

L’expulsion de l’ambassadeur de France de Bamako ne peut être lue comme une tension passagère entre les deux pays qui se répète un peu partout dans le monde. C’est le signe que la situation dans toute la région sahélienne de l’Afrique se retourne contre la France

Il y a plusieurs passages qui expliquent le déclin des Français au Mali en particulier et des états littoraux en général. Certaines de ces raisons sont locales et régionales, certaines sont en France et d’autres en dehors des deux pays. En plus du développement naturel de la société africaine et de l’érosion de la présence française du fait de ces facteurs et d’autres, de nouveaux acteurs ont réussi à séduire les Africains, sapant leurs comptes pour la France : la Chine, la Russie et la Turquie, en plus de les États Unis.
La Chine a pénétré l’Afrique discrètement mais efficacement. L’intérêt de la Chine pour le continent a commencé il y a plus de deux décennies, alimenté par des perspectives d’avenir. Le financement, malgré ses conditions sévères et ses risques, est la porte d’entrée de choix de la Chine vers l’Afrique. Aujourd’hui, il est rare de trouver un grand projet économique ou stratégique dans un pays d’un continent où la Chine n’est pas un partenaire d’une manière ou d’une autre.
La Russie, à son tour, pénètre activement, investissant, comme d’habitude, dans les guerres et les crises de sécurité.Il n’est pas surprenant que la Russie ait choisi le travail de sécurité et de renseignement comme porte d’entrée sur le continent. Après que Moscou ait retiré la France du travail de sécurité en République centrafricaine, elle s’est tournée vers le Mali, profitant de son ingérence, tant au niveau de l’autorité que du peuple, avec la France et de son besoin d’alternatives. Il est facile de supposer que les plans de la Russie incluent des cibles autres que ces deux pays de la région. Le bras armé de la Russie est le groupe Wagner, un groupe paramilitaire proche du Kremlin. L’intelligence de Moscou ici est que l’État russe atteint ses objectifs par le biais du groupe Wagner sans supporter les conséquences de ses actions lorsqu’il est soumis à une responsabilité légale ou morale.
La Turquie a une part importante en Afrique, qu’elle puise principalement dans la pâtisserie française. L’influence d’Ankara sur le continent s’articule autour de projets économiques, commerciaux, voire religieux, et dans une moindre mesure de projets sécuritaires et militaires. Sur le front turc, il y a un certain ciblage délibéré des intérêts français en Afrique. Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que ces dernières années, des entreprises turques ont commencé à fournir des produits de première nécessité aux armées de plusieurs pays africains. Certaines de ces troupes passaient sous la tutelle d’une société française qui leur fournissait d’énormes factures.
La tentative de la France de rattraper ce qui s’est passé en organisant des sommets et des événements est un signe d’amertume, mais c’est aussi un témoignage de la confusion et de la perte de contrôle sur la question. Le sommet France/Afrique est dépassé et périmé. Aujourd’hui, il y a le Sommet Russie/Afrique, le Sommet Turquie/Afrique et le Forum Chine/Afrique. L’automne dernier, Paris a tenté de sortir des sentiers battus en organisant un sommet à Montpellier (sud de la France), où Macron a accueilli des jeunes et des militants africains, et a délibérément ignoré les dirigeants et les politiciens dans un message clair à ce sujet. C’est un bon effort, mais il est innocent et mal ciblé car il ignore le fait que la société civile, les organisations civiques et les militants dans la plupart des pays africains sont sous le contrôle des gouvernements de leur pays, chacun à sa manière. Même les jeunes présents qui ont risqué l’Elysée ont bombardé Macron de questions et de critiques embarrassantes sur la politique de la France sur leur continent, son arrogance et sa mentalité coloniale persistante.
La situation difficile de la France en Afrique est trop incommensurable et trop importante pour qu’un sommet ou un sommet puisse la gérer, quels que soient le type et le nombre de participants. Peut-être la France devrait-elle accepter qu’elle a perdu l’Afrique à jamais, parce que le monde change et qu’elle l’a si longtemps détestée. Même si les puissantes et puissantes élites africaines ont maintenu leur allégeance à la France, la société était autre chose.

journaliste écrivain algérien

Fernand Lefèvre

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