Kings of the new cities de Kassou Seydou jusqu’au 23 septembre 2017 à la Galerie Cécile Fakhoury

La Galerie Cécile Fakhoury abrite du 24 juin au 23 septembre 2017 l’exposition intitulée « Kings of the new cities » de l’artiste sénégalais Kassou Seydou. Retour sur cette exposition. 

Kings of the new cities de Kassou Seydou

Pour sa première exposition personnelle en Côte d’Ivoire, l’artiste Kassou Seydou a choisi de nous interpeller de façon poétique sur sa vision du monde moderne en mettant à l’honneur les hommes de l’ombre : les bâtisseurs de ces nouvelles cités d’où « Kings of the new cities ».

A travers une série de 13 toiles, Kassou Seydou nous invite à nous interroger sur les dysfonctionnements du monde moderne à travers une symbolique forte telles que les signes ésotériques, des représentations d’animaux, d’esprits, de fétiches et de nombreuses autres références.

La dimension mystique et religieuse tire sa source dans la petite enfance de l’artiste en Casamance. Son attachement à la terre et à ses origines se traduit dans son oeuvre par une vision harmonieuse de la société où la nature et particulièrement l’agriculture sont au centre. Il a le souhait de voir l’homme se retrouver au centre de toutes les préoccupations et surtout de voir l’homme se retrouver en harmonie avec son environnement, avec la nature, avec la terre qui lui a tout donné, convaincu que le développement de l’Afrique passera inconditionnellement par l’agriculture. Cette exposition, qui pointe du doigt la relation de l’homme à son environnement mais aussi le développement disproportionné de la société engendrant des maux, se veut être un plaidoyer pour l’harmonie des peuples au sein de leur environnement et surtout une invitation aux africains à se concentrer sur  le développement, dans l’unité, de leurs forces plutôt que sur l’amélioration de leurs faiblesses.

A lire :

La parole à Kassou Seydou

Lors du vernissage nous avons pu échanger avec l’artiste en vue de mieux comprendre sa vision et son message.

  1. Nous avons remarqué la présence de nombreux signes religieux (animiste, catholique, musulmane). Qu’est ce que cela signifie?
    Je suis de confession musulmane et ma grande soeur est chrétienne. Nous avons donc la possibilité de vivre dans la religion de l’autre dans le respect. Celui en qui nous croyons aime la liberté et c’est pour ça que l’on doit échanger en tant qu’être humain. Si celui qui nous a crée a permis cette multitude de religion, nous devons accepter que chacun choisisse sa religion. L’essentiel, c’est l’humain avant tout car Dieu accorde plus d’importance à l’homme et quelque soit sa couleur de peau et sa religion. Le monde est le meilleur endroit du monde où chacun doit pouvoir s’exprimer. 


  2. La toile ‘Kings of the new cities’ met en avant un triptyque de trois hommes noirs forts ou l’on voit apparaître des outils tels que le marteau, la pince et le tournevis. Que signifie cette symbolique ? J’ai habité dans un quartier déjà construit. Quand j’ai déménagé, j’ai pu constater qu’il y avait de nouvelles zones en constructions et dans cette zone en particulier, il y a un rond point où les ouvriers, tous métiers confondus, sont installés. Les opérateurs viennent à leur rencontre pour négocier les prix avec ces derniers en vue de bénéficier de leur main d’oeuvre. En analysant, on comprend que ce n’est pas l’investisseur le roi mais plutôt les ouvriers. En effet, les ouvriers font naître les choses car ils sont à la tâche. Cette oeuvre rend donc hommage à ces ouvriers, ces bâtisseurs, qui font des sacrifices chaque jour. Ce sont ces hommes que nous devons remercier.
  3. On remarque une grande dualité dans vos œuvres entre le monde rurale et urbain. Que devons-nous comprendre ? Je suis né dans une région agricole en Casamance et j’ai passé toute mon enfance à Dakar où j’ai étudié les Beaux Arts. Je suis donc dans une dualité entre le monde urbain et rurale.
    A Dakar, il y a l’électricité, l’eau courante, on travaille pour un salaire, on a accès à l’éducation… et dans le milieu rurale, la vie est régie par la pluie, le travail de la terre, l’élevage des animaux.
    La plupart de mes toiles sont une autopsie de chaque environnement, une analyse du mode de vie selon lieu où l’on habite et une façon de montrer comment la vie d’un endroit à l’autre crée des besoins et surtout comment les individus opposent régulièrement ces deux environnements qui sont finalement très complémentaires. En fait, il ne faut pas oublier que l’on part d’un point pour arriver à un autre. Ce qu’il est nécessaire de faire voir c’est que ce sont les personnes de l’extérieur qui tentent de venir vers le monde rural pour le moderniser tandis que les hommes des campagnes souhaitent aller vers la ville pour conquérir le monde.
  4. De nombreuses toiles mettent en scène l’homme et des animaux (la chèvre, le caïman, le chien, les lapins). Pouvez vous nous donner le sens de ces œuvres ?  Ces toiles qui parlent des animaux sont toujours liées au monde rural. Par exemple,  la toile ‘Eleveur de lapins’ fait référence à une anecdote sénégalaise qui dit qu’ici c’est l’école des lapins. C’est-à-dire que celui qui pense que par ce qu’il a les plus longues oreilles, il est le plus intelligent se trompe. C’est l’éleveur qui connaît le mieux ses lapins et qui est en mesure de dire qui est le plus intelligent. En somme, cela ne sert à rien de se croire plus malin que les autres.
    Concernant, la chèvre, en wolof, on l’appelle Bey qui renvoie encore à la terre et l’agriculture. Et la question que l’on doit se poser, c’est finalement : Qu’est ce que l’on fait de la Terre?
    Il est vraiment important de recentrer l’homme moderne, africain particulièrement, sur les fondamentaux car la plupart des pays africains ont leur économie basée sur la terre et le travail agricole.
  5. Une toile est intitulée ‘Le Bouclier invisible’. Elle est imposante et impressionnante. De nombreux symboles sont présents. Nous apprécierons de comprendre le sens de cette œuvre. ‘Le Bouclier Invisible » est une façon de nous rappeler que la Terre est le bouclier invisible de l’Afrique. Cette Terre nous éblouie par sa lumière et nous ne sommes plus en mesure d’apprécier sa valeur. Cette Terre est le chemin de notre développement à travers l’agriculture car nous venons tous de la terre. Et cette terre nous apporte le développement. Au lieu de ça, les hommes se ruent dans les villes cumulant deux à trois boulots. Ce qui les empêche d’avoir une vie de famille, de s’occuper de leurs enfants. Mais la Terre c’est dur. C’est travailler avec ses bras. On pense choisir la facilité alors qu’il y a tellement de choses en Afrique pour régler le chômage des hommes. Les hommes entrent dans un cercle vicieux qui induit incontestablement une perte de repères.
  6. Vos personnages sont des hommes noirs, forts, bâtis, fièrement coiffés, imposants. Ils semblent sortir des toiles. Est-ce une volonté de les faire apparaître de cette sorte ?
    C’est une façon de traduire mon identité. L’africain type est fort. On est hybride et on doit être fier de l’être. Nous aimons partager et présenter ces hommes forts c’est une façon d’assumer que nous partageons ce que nous avons avec les autres. C’est pourquoi, ces hommes sont des Rois. Des hommes forts qui ont beaucoup de choses à partager et qui méritent d’être mis en lumière.

    Kings of the new cities de Kassou Seydou jusqu’au 23 septembre 2017 à la Galerie Cécile Fakhoury
  7. On constate que votre travail s’articule autour de lignes qui se forment, se déforment, s’entremêlent, s’enlacent comme si elles formaient une écriture inconnue. Qu’est ce que cela signifie?
    L’éducation nous renvoie à une image et l’image détermine notre comportement par rapport à la société. Dans ce contexte, l’écriture n’est qu’une ligne qu’on a déformé pour former des lettres. Nous avons donc conceptualiser l’écriture. L’histoire du monde est liée à la manière dont nous écrivons car cela influence directement notre vie. Le fait d’écrire accélère l’exode rurale et crée des mouvements de concentration dans les villes qui engendrent des tensions. Ces dernières transforment l’homme et le déforment définitivement. Ainsi, on ne reconnaît plus l’homme dans le milieu rural, il n’est plus concentré sur l’humain mais plutôt sur la nécessité de conquérir, quoi qu’il advienne, le milieu urbain.

En définitive, Kassou Seydou nous interpellent sur le développement de nos sociétés qui n’impliquent plus le volet agricole qui est à la base du développement du continent Africain. Il nous invite à nous recentrer sur l’humain et sur les valeurs intrinsèques de l’homme à travers de nombreuses références et symboles. Nous abordons donc la question de l’identité de l’homme moderne au sein des nouvelles villes qui émergent ça-et-là sur le continent.
Une thématique déjà largement présentée par la Galerie Cécile Fakhoury notamment à travers les expositions précédentes :

Exposition accessible jusqu’au 23 septembre 2017 à la Galerie Cécile Fahkoury.

 

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