Retour sur l’Exposition Fiction #4 « Where Is Bili? » de Bili Bidjocka à la Fondation Donwahi

La Fondation Donwahi accueille du 24 septembre au 24 décembre 2016, l’Exposition Fiction #4 Where Is Bili? de Bili Bidjocka. Une exposition intrigante et surtout très porteuse de message car, à mon sens, elle nous interroge sur la disparition, la présence et l’absence de l’être, des choses dans le matériel comme dans le spirituel. Retour sur cette expositions que j’ai particulièrement apprécié.

Source : Originvl
Source : Originvl

L’Exposition Fiction #4 Where Is Bili? de Bili Bidjocka est une exposition In situe. Comme vous le savez, je ne le répète pas assez, j’adore les expositions In situe dans le sens où le spectateur devient lui même acteur de l’œuvre car son point de vue changera toujours selon l’angle selon lequel il apprécie l’œuvre d’autant plus que le contact est beaucoup plus tangible bien que je m’interdise toujours de toucher une œuvre d’art quelque soit mon degré de tentation.

Fiction #4 Where is Bili? est un jeu de cache-cache dans (1) un labyrinthe de mots, dans (2) des espaces décomposés mais qui juxtaposés composent un tableau uni porteur d’un message, dans (3) la recherche de l’auteur et dans (4) l’appropriation de la notion de manque.

C’est selon ces quatre (4) axes que je vais vous présenter l’exposition Fiction #4 Where is Bili? telle que je l’ai vécu.

 

  • Un jeu de cache-cache dans un labyrinthe de mots

Dès votre entrée, votre regard est attiré par la terre rouge omniprésente dans l’ensemble des espaces. Il y en a par terre et il y en a sur les murs qui permettent de mettre à jour des messages porteurs de sens. Tout comme les tableaux constitués de dessins et de messages écrits cette fois-ci avec des perles. Les objets deviennent des matières, les perles deviennent des « perles de mots », les perles comme le sable symbolise une économie de moyen.

Les scènes représentés par ces tableaux évoquent la dimension de la disparition à travers  la mort jusqu’à évoquer l’enfer  en se servant de l’anecdote relative à l’écrivain Honoré de Balzac décrit selon ces mots par Octave de Mirbeau dans son ouvrage intitulé La Mort de Balzac,  1907 : « Son absence durait un an, deux ans. Et puis, un beau soir, sans que personne de son entourage fût prévenu, il reparaissait soudainement ».

Le sable, la terre rouge fait aussi référence à la poussière comme si l’on vient de la terre et on repars à la terre. On y voit en entrant une paire de chaussure éclatée suspendu comme pour nous inviter à une marche vers l’inconnu. L’odeur du sable mouillée m’évoque c’est jour de pluie où l’eau s’est fait longtemps attendre et arrive comme une délivrance. Par ailleurs, une vidéo montrant les pieds de balayeurs sur le sable, nous ramène à la notion des « balayures » qui traduisent pour l’artiste le rapport à l’économie de moyen et à la notion de crise.

  • un jeu de cache-cache dans des espaces décomposés mais qui juxtaposés composent un tableau uni porteur d’un message

Les différentes pièces nous amènent à une réflexion autour d’un repas dont les étapes sont morcelés.

Dans la première pièce que j’ai pu découvrir, il y avait une table recouverte de riz blanc sur laquelle se trouvait des tablettes disposées en cercle. Elles étaient au nombre de douze (12). On y voyait et entendait douze (12) personnes, hommes comme femmes, en train d’échanger comme si elles étaient à table.

Dans la seconde pièce, on pouvait apprécier des assiettes pleines d’objets, de liquide, de matières et matériaux. Sur chaque assiette est inscrit « Ceci n’est pas mon corps vous ne pourrez pas le consommer. » et une coupe vide se tient à côté. Au dessus de chaque assiette, un mot, une expression.

A ce stade de l’exposition, je me posais de sérieuse question sur l’aspect religieux et spirituel du message. Je me demandais s’il s’agissait de la Cène soit  le nom donné dans la religion chrétienne au dernier repas que Jésus-Christ  prit avec les douze apôtres le soir du Jeudi Saint avant la célébration de la Pâque, peu de temps avant son arrestation, la veille de sa crucifixion et   trois jours avant sa résurrection. Après avoir célébré avec eux la Pâque, il institua l’Eucharistie, selon trois des autres évangiles canoniques en disant :  « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Plus loin, nous apercevions trois (3) robes  baleine longues de six (6) qui m’inspirait celles portées par les apôtres.
J’en était donc là, convaincue qu’il me manquait une pièce au puzzle…

…et je découvris une dernière pièce : celle qui représente la Cène sans la présence des convives et des assiettes.

Tout d’un coup, j’ai vu la lumière ! Le message passait et se confirmait : on nous parlait de la disparition dans la notion religieuse liée au sacrifice d’un individu pour le groupe.

 

  • un jeu de cache-cache dans la recherche avec l’auteur

Where Is Bili? Effectivement, je l’ai cherché. Je me suis même demandé si je ne le verrais pas parmi les assistants à la mise en scène se fondre dans la masse comme dans le jeu « Où est Charlie? ». Finalement, il  est apparu au bout d’une bonne heure et demi. Et très discrètement, il m’éclaira sur cette exposition qui est le fruit d’un processus qui a duré près de trois (3) ans durant lesquelles l’artiste s’est montré absent. Il a toutefois rappelé des notions fortes pour faire appel à notre imaginaire collectif dans la disparition tout en nous rappelant le nom de sa dernière exposition intitulée : Ceci n’est pas mon corps vous ne pourrez pas le consommer réalisée avec le MAP Abidjan. On comprend donc que cette exposition s’inscrivant dans le concept d’économie de moyen, cher à Bili Bidjocka, nous renvoie à une certaine « contemporanéité » de crise et cette exposition est une façon de réagir face à cette crise et surtout de la commenter. C’est donc pourquoi cette exposition est une œuvre In situe car l’artiste a souhaité s’imprégner de son environnement en utilisant les bons moyens à sa disposition pour raconter une histoire, une fable sur place sans déplacer les toiles, toujours dans une logique d’économie de moyen.

 

  • un jeu de cache-cache avec l’appropriation de la notion de manque

Absence. Disparition. Mort. Silence. Des notions qui ne nous laissent jamais indifférent car elles sont liées à la notion de manque. Et le manque est très souvent liés à l’insuffisance et la frustration. Et cette exposition loin de nous générer ce genre de sentiment m’a plutôt inspirée notre capacité de résilience, c’est-à-dire de faire face à une difficulté ou à un stress important, de façon non seulement efficace, mais susceptible d’engendrer une meilleure capacité de réagir plus tard, à une difficulté.

C’est donc en ce sens que je résume l’exposition Fiction #4 « Where Is Bili? de Bili Bidjoka. Pour moi, nous sommes amener à vivre la disparition, ce manque avec beaucoup de résilience pour aller de l’avant.
Je pari toutefois que vous aurez surement un ressenti différent du mien car comme l’a indiqué Bili Bidjocka lui même, cette exposition : « C’est une fonction. Il n’y a pas un (1) sens, il y en a plusieurs. Tout le monde à la capacité de vivre l’exposition de autant de sens qu’il y a d’émotions. » 

Source : Originvl
Source : Originvl

 

Je vous invite donc à vous rendre du 24 septembre 2016 au 24 décembre 2016 à la Fondation Donwahi pour apprécier vous même l’exposition de Bili Bidjocka intitulée : Fiction #4 « Where Is Bili?

Aussi pour tout savoir sur Bili Bidjocka,  cliquez ICI.

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