L’Or des Akan : retour sur une exposition qui place un peuple africain au coeur du commerce mondial

L’exposition L’Or des Akan se déroule du 10 mai au 18 septembre 2016 au Musée d’Aquitaine à Bordeaux. Cette exposition qui place un peuple africain, le peuple Akan, au coeur du commerce mondial sur une période allant du 15ème au 19ème siècle, placée sous le haut patronage de Madame Elizabeth Ofosu-Adjare, Ministre du Tourisme et de la culture et des arts créatifs de la République du Ghana, a été inaugurée lors d’un vernissage , le lundi 9 mai 2016 en présence de M. Alain Juppé, Maire de Bordeaux, Président de Bordeaux Métropole et Ancien Premier Ministre. Retour sur cette exposition très instructive. 

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L’exposition L’Or des Akan

Cette exposition met à l’honneur, un peuple africain, le peuple Akan, au coeur du commerce mondial durant quatre (4) siècles.

Les Akan
Le peuple Akan, principalement installé à l’Ouest du Ghana et à l’Est de la Côte d’Ivoire, regroupe une quinzaine de peuples apparentés par la même langue et la même culture.  Leur population est estimée à 20 millions de personnes et ils auraient migré des rives du Niger vers la forêt pour conserver leur indépendance religieuse lors de la chute du Wagadou au début du 13ème siècle.

Les plus connus sont les Baoulé et les Agni à l’ouest et les Ashanti et les Fanti à l’est. Organisés en royaumes composés de clans matrilinéaires, le pouvoir et les biens se transmettaient et se transmettent encore d’oncle maternel à neveu.

L’histoire rapporte que ce peuple a subit une succession de conflits pour le contrôle des mines d’or et des routes qui aboutira à la domination des Ashanti dans les années 1700 dont l’empire disparaitra en 1896, après une lutte contre les Anglais.

On comprend donc que pendant 500 ans, les Akan ont développé une civilisation moderne et brillante au coeur du commerce international de l’ère préindustrielle. Connu pour leur forte résistance face à la colonisation et malgré cette dernière, ils ont su garder leurs traditions vivantes dans lesquelles persistent encore les poids de l’or qui, bien que démonétisés, ont conservé leur forte valeur symbolique.

L’or des Akan: Akani Sika 

Pour les Akan, l’or nommé Sika, est un signe extérieur de prestige et de richesse qu’ils devaient montrer. Ils s’en paraient au quotidien et à l’occasion des cérémonies qui rythmaient la vie de la communauté pour affirmer leur position sociale. 
La poudre d’or était utilisée que comme monnaie en circulation permanente et n’avait pas plus de valeur que les poids utilisés pour la pesée.
A ce jour, les traditions sont restées fortes et imprégnées dans le pays akan de telle sorte qu’à toutes les festivités, les chefferies de chaque royaume traditionnel se parent de leur plus beaux ornements tels que les sabres, cannes, couronnes, spectres ou autres objets de pouvoirs tous recouverts d’or.

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Déchiffrer les poids Akan 

  • Les poids géométriques : Ce sont ces poids qui ont des formes rectangulaires, circulaires ou triangulaires. Les symboles sur les poids ont différentes significations et les chercheurs ont encore du mal à découvrir leur sens. Une chose est sûre, c’est que les symboles avaient une valeur numérique et était le résultat d’une combinaisons de multiplications et d’additions complexe.
  • Les poids figuratifs : les poids figuratifs ne représentent que 10% de la production totale de poids mais ils sont ceux qui sont les plus collectionnés. Ils représentent la faune, la flore et divers aspects de la vie matérielle et spirituelle. Ils permettent aussi d’avoir une compréhension de la culture Akan en tant que telle avec ses mythes, coutumes et savoirs.
    Historiquement, ils étaient utilisés pour faire passer des messages complexes comme des proverbes, des amandes ou même des sentences.

 

Ce qu’il faut retenir de l’exposition 

Cette exposition est très intéressante car elle vous permettra de comprendre de nombreuses choses sur la vocation du poids de l’or chez les Akan mais sur toutes cette civilisation de commerçant avant gardiste.

Voici les choses que je souhaite vous faire retenir :

  • Les histoires parallèles de l’Afrique de l’Ouest, de l’Europe et de la Méditerranée de l’Antiquité jusqu’à l’arrivée des Portugais dans le Golfe de Guinée en 1471 : L’exposition a commencé avec une introduction sur ces histoires parallèles plaçant le commerce et la lutte pour l’expansion des territoires au coeur de la rencontre des peuples;
  • La première mondialisation : Cette partie de l’exposition nous explique comment l’expansion des colonisations portugaises et espagnoles a provoqué un bouleversement économique et humain dans le monde. En effet, c’est à ce moment qu’apparait le commerce des épices, des pierres précieuses, de l’or et de l’argent en Europe qui est alors en pleine « Renaissance ». Les Akan, déjà intégrés au commerce transsaharien tout en conservant leur indépendance, se sont retrouvés au coeur de cette première mondialisation qui s’organisera très rapidement en « commerce triangulaire » entre l’Europe, l’Afrique et le Nouveau Monde.
  • Les moyens utilisés pour développer ce commerce : Nous découvrons ainsi le parcours des Caravanes du sel dans le Sahara, puis comment les colons ont mis à mal ce système de commerce avec l’introduction des Caravelles. Ce qu’il faut noter c’est que les Akan ont réussi a se maintenir dans le système malgré l montée en puissance de leurs états.
  • Les monnaies d’échanges :  L’exposition a été l’occasion de nous présenter les différents moyens d’échanges exploités durant cette période à savoir les cauris, petits coquillages blancs, symboles de richesse et de fécondités utilisés comme monnaie, bijoux ou support de divination et les perles qui étaient fabriquées en dents, os, coquilles et métaux qui s’ajoutaient aux perles de verres venues d’Egypte.
  • L’or et les produits dérivés : L’or au même titre que les dents d’éléphant, les esclaves et la malaguette (poivre de Guinée) étaient utilisés pour faire du troc. C’est ainsi que certaines régions furent baptisées Côte d’Or (le Ghana) ou encore Côte d’Ivoire (l’actuelle Côte d’Ivoire) en rappel à la prépondérance de l’or et de l’ivoire dans ces régions respectives.
  • La traite humaine et l’esclavage : Cette exposition est également le lieu de faire un rappel sur la traite des noirs qui étaient au coeur du commerce triangulaire. Le sujet a été abordé sans trop entrée dans les détails mais en invitant le visiteur à se rendre dans les autres sales du Musée d’Aquitaine pour en savoir plus, car pour rappel, Bordeaux a été une plaque tournante du commerce des esclaves.
  • L’exploitation de l’or : Nous apprenons au travers de l’exposition comment l’or était exploité. En effet, nous découvrons l’ensemble des sources d’où provenait l’or et des forts où il était acheminé.Nous apprenons aussi comment cet or était fondu par les Akan avec les différentes techniques de fonte (fonte à la cire perdue, fonte en métal plein, fonte en creux et fonte directe) et bien sûre nous apprenons les différentes hypothèses nourris par les chercheurs en vue de comprendre le système mathématique sur lequel reposait la pesée.

Cette exposition est très intéressante et très riche. Elle m’a permis de confirmer certains acquis que j’avais sur la culture Akan et les poids mais elle m’a également permis de découvrir des choses que j’ignorais clairement.

Ce fut une grande joie pour moi de faire cette exposition à Bordeaux qui reste une ville très imprégnée dans l’histoire de l’Afrique qui a en quelque sorte contribuée à son développement.

Je vous invite donc à vous rendre au Musée d’Aquitaine, 20 rue cours Pasteur à Bordeaux pour découvrir cette exposition qui est accessible jusqu’au 18 septembre 2016. 

source : contenu de l’exposition du Musée d’Aquitaine

2 comments on “L’Or des Akan : retour sur une exposition qui place un peuple africain au coeur du commerce mondial

  1. bonjour, je suis BIGALLE KONAN créatrice de bijoux AKAN j’apprécie énormément cette publication sur l’or et bijoux AKAN . En effet je travaille depuis plusieurs années pour la revalorisation de nos bijoux traditionnel AKAN dans mon pays la cote d’ivoire je souhaite participer a vos differents expositions .

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    • Bonjour Madame Konan, l’exposition L’or des Akan est une exposition qui a été montée par le Musée d’Aquitaine en France qui n’organise pas d’exposition.
      Autrement en Côte d’Ivoire, je vous invite à prendre l’attache de Afric Art qui pourrait vous proposer des expositions ventes qu’ils organisent.
      Je vous souhaite une bonne journée.

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