Hommage de l’ABCI à Bernard Dadié

L’Association des Bloggeurs de Côte d’Ivoire (ABCI) que j’ai récemment rejoint célèbre, durant le mois d’avril 2016, l’écrivain ivoirien centenaire Bernard Dadié qui a reçu le 11 février 2016 le Prix UNESCO/ UNAM Jaime Torres Bodet.

 

L’hommage de l’ABCI consiste en quoi ?
Les cinquante-sept (57) de bloggeurs de l’association devront poster sur leur compte facebook un extrait d’une œuvre de Bernard Dadié suivi des hashtag suivant : #BDadié et #ABCI

Voici quelques publications :

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Mon extrait est tiré de La légende Baoulé de Bernard Dadié

«Et pour la première fois, le sorcier parla : «L'eau est devenue mauvaise, dit-il et elle ne s'apaisera que quand nous lui aurons donné ce que nous avons de plus cher.» Et le chant d'espoir retentit:
Ebe nin flê nin ba
Ebe nin flâ nin nan
Ebe nin flê nin dja
Yapen'sè ni dja wali
Quelqu'un appelle son fils
Quelqu'un appelle sa mère
Quelqu'un appelle son père
Les belles filles se marieront
Et chacun donna ses bracelets d'or et d'ivoire, et tout ce qu'il avait pu sauver. Mais le sorcier les repoussa du pied et montra le jeune prince, le bébé de six mois : «Voilà, dit-il, ce que nous avons de plus précieux.»
Et la mère, effrayée, serra son enfant sur son cœur. Mais la mère était aussi la reine et, droite au bord de l'abîme, elle leva l'enfant souriant au-dessus de sa tête et le lança dans l'eau mugissante.» #ABCI #BDadié #Originvl

J’ai choisi cet extrait car il est celui qui montre le sacrifice de la Reine Pokou pour le bien être son peuple. Elle sacrifia la chair de sa chair pour sauver son peuple qui n’est autre que la chair de sa chair. Je vous invite à lire ci-dessous le texte en entier.

 

La légende baoulé de Bernard Dadié

Il y a longtemps, très longtemps, vivait au bord d’une lagune calme, une tribu paisible de nos frères. Ses jeunes hommes étaient nombreux, nobles et courageux, ses femmes étaient belles et joyeuses. Et leur reine, la reine Pokou, était la plus belle parmi les plus belles.

Depuis longtemps, très longtemps, la paix était sur eux et les esclaves mêmes, fils des captifs des temps révolus, étaient heureux auprès de leurs heureux maîtres.

Un jour, les ennemis vinrent nombreux comme des magnans. Il fallut quitter les paillotes les plantations, la lagune poissonneuse, laisser les filets, tout abandonner pour fuir.

Ils partirent dans la forêt. Ils laissèrent aux épines leurs pagnes, puis leur chair. Il fallait fuir toujours, sans repos, sans trêve, talonné, par l’ennemi féroce.

Et leur reine, La reine Pokou, marchait la dernière, portant au dos son enfant. À leur passage l’hyène ricanait, l’éléphant et le sanglier, fuyaient, le chimpanzé grognait et le lion étonné s’écartait du chemin.

Enfin les broussailles, apparurent, puis la savane et les rôniers et, encore une fois, la horde entonna son chant d’exil:

Mi houn Ano, Mi houn Ano,blâ ô
Ebolo nigué, mo ba gnan min
Mon mari Ano, mon mari Ano, viens,
Les génies de la brousse m’emportent.

Harassés, exténués, amaigris, ils arrivèrent sur le soir au bord d’un grand fleuve dont la course se brisait sur d’énormes rochers. Et le fleuve mugissait, les flots montaient jusqu’aux cimes des arbres et retombaient et les fugitifs étaient glacés d’effroi.

Consternés, ils se regardaient. Était-ce là l’Eau qui les faisait vivre naguère, l’Eau, leur grande amie ? Il avait fallu qu’un mauvais génie l’excitât contre eux.

Et les conquérants devenaient plus proches.

Et pour la première fois, le sorcier parla: «L’eau est devenue mauvaise, dit-il et elle ne s’apaisera que quand nous lui aurons donné ce que nous avons de plus cher.» Et le chant d’espoir retentit:

Ebe nin flê nin ba
Ebe nin flâ nin nan
Ebe nin flê nin dja
Yapen’sè ni dja wali
Quelqu’un appelle son fils
Quelqu’un appelle sa mère
Quelqu’un appelle son père
Les belles filles se marieront

Et chacun donna ses bracelets d’or et d’ivoire, et tout ce qu’il avait pu sauver. Mais le sorcier les repoussa du pied et montra le jeune prince, le bébé de six mois: «Voilà, dit-il, ce que nous avons de plus précieux.»

Et la mère, effrayée, serra son enfant sur son cœur. Mais la mère était aussi la reine et, droite au bord de l’abîme, elle leva l’enfant souriant au-dessus de sa tête et le lança dans l’eau mugissante.

Alors les hippopotames, d’énormes hippopotames émergèrent et, se plaçant les uns à la suite des autres, formèrent un pont et sur ce pont miraculeux le peuple en fuite passa en chantant:

Ebe nin flê nin ba
Ebe nin flâ nin nan
Ebe nin flê nin dja
Yapen’sè ni dja wali
Quelqu’un appelle son fils
Quelqu’un appelle sa mère
Quelqu’un appelle son père
Les belles filles se marieront

Et la reine Pokou passa la dernière et trouva sur la rive son peuple prosterné.

Mais la reine était aussi la mère et elle put dire seulement «balouli», ce qui veut dire: l’enfant est mort.

Et c’est grâce à la reine Pokou que le peuple garda le nom de Baoulé.

 

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