Masques Mendé : Qui a dit que les femmes ne portaient pas des masques ?

Quand j’étais enfant et que je voyais des danseurs avec des masques, je demandais souvent si des femmes pouvaient les porter. On me répondait non ! Et lorsque je demandais pourquoi, on me disait : « Par ce que les femmes ne portent pas de masque. » « C’est quelque chose qui est réservé aux hommes ».

Je me suis contentée de cette réponse pendant longtemps, mais en 2012, lorsqu’une amie m’a indiqué vouloir travailler sur les masques dans un projet artiste, j’ai tout naturellement proposé mon aide pour m’instruire aussi sur le sujet dans le travail de recherche. Nous avons été stupéfaites par la difficulté de trouver des informations à ce sujet d’autant plus que le message que nous retrouvions particulièrement était que les femmes n’en portaient pas et surtout qu’elles ne devaient pas porté de masque… et par conséquent que ce sujet soulevait trop de faits préétablis…

Alors imaginez ma joie, lorsque, lors de ma visite au Bushman Café, l’on me présenta un masque mendé en m’indiquant que c’était un masque initiatique féminin ! J’étais partagée entre l’extase, la curiosité et l’enthousiasme !

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Masques Mendé présents au Bushman Café crédit photo : ORIGINVL

Qui est le peuple Mendé ?

Les Mendé sont une population mandingue d’Afrique de l’Ouest vivant en Sierra Leone, au Libéria, en Guinée et un peu en Côte d’Ivoire.

L’organisation familiale repose sur le système patrilinéaire mais avec une large polygamie et polygynie. Mais la particularité du peuple Mendé réside dans ses magnifiques masques d’initiation et plus particulièrement ceux de la société d’initiation sandé avec les «grands heaumes» qui représentent une tête de femme au large front bombé. Ce qui est relativement rare en Afrique et même très peu connu des populations.

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source : http://www.piasa.auction.fr

Les masques Mendé de la société initiatique secrète et féminine sandé

La société Sandé est une société initiatique féminine du Libéria, de la Sierra Leone et de la Côte d’Ivoire. Cette société initie les jeunes femmes au passage à l’âge adulte par des rituels qui incluent notamment des mutilations génitales féminines. Les partisans de ce rituel indiquent que ces mutilations augmenteraient la fertilité des femmes et permettraient d’inculquer des notions de valeurs morales et par la suite faciliteraientt l’adoption d’un comportement sexuel adéquat, en vue de maintenir l’intérêt durable pour le bien de la communauté. Ainsi, la société prend en charge les intérêts sociaux et politiques des femmes et promeut la solidarité. Le pendant masculin de ce rite est le rite initiatique Poro.
Ici, c’est la complémentarité des genres que l’on retrouve dans toute la symbolique de ces rites initiatiques. En effet, le parallélisme peut être ainsi fait pour le féminin /masculin, le sacré/profane, les temps ancestraux/actuels, les espaces public (village)/secret(la forêt). L’idée étant de permettre aux jeunes initiés de passer du statut d’enfant à celui d’adulte en s’assurant de leur permettre d’être des adultes équilibrés, gardiens de leur tradition mais profondément ancré dans la vie de la communauté.

Lors des cérémonies d’initiation, le masque sowei, parfois appelé bundu est présenté aux jeunes initiés. Le masque, comme c’est généralement le cas en Afrique noire, a pour fonction de donner vie aux esprits. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles il n’est généralement pas porté par les femmes qui contrairement aux hommes donnent vie de façon naturelle par l’enfantement.
Mais on indique que dans le cas du masque sowei, il s’agirait de l’esprit de la société Sande, elle même. Cet esprit féminin qui serait le symbole de la fécondité, de la fertilité et qui sortirait des eaux au moment du rituel.

Sculptés par des hommes, portés par des femmes, les masques dits « Sowei » sont l’incarnation de l’idéal de beauté et des principes détenus par la société Sande. Il est le seul masque dansé par les femmes en Afrique de l’Ouest.

Selon mes recherches sur internet, il est indiqué par M. Dan Mato qu’ « il s’agit d’un “masque cimier ”porté sur la tête avec un costume sombre fait d’herbe teinte et attaché aux petits trous au bas du masque ce qui recouvre entièrement la danseuse comme elle tourbillonne et danse à pas rapides montrant ainsi l’esprit et la puissance des Sande. ». Il est souvent agrémenté de fibres reliées aux masques grâces à des perforations réalisées à la base des oreilles. La porteuse de masque était vêtue d’un pantalon, de chaussure ou chaussons de façon à ce qu’aucune des parties de sont corps ne soit visibles.

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Source : http://www.cap-skirring.fr

Le masque Sowei et sa symbolique

Le masque sowei comme indiqué précédemment est un masque sculpté par des hommes et porté par des femmes. Il est présenté à l’occasion des cérémonies d’initiation célébrant la transition réussie vers la féminité. C’est ainsi que chez les Mendé, le terme « sowo » se réfère à l’entité surnaturelle, entendez ici l’esprit, qui symbolise la société secrète féminine mais aussi au danseur masqué dont le masque noir et poli et le corps recouvert de raphia sont investis de la présence et du pouvoir de cet esprit.

Une chose est importante à noter c’est que le masque sowei est aussi utilisé lors d’événements importants tels que les funérailles des chefs, les couronnements des chefs, les visites importantes de hauts dignitaires. Sa présence vise à affirmer l’importance de la cohésion de la communauté et la force sociale et politique de la société Sande.

Enfin, il est expliqué que pour les Mendé un masque est dit bon, beau et esthétiquement plaisant lorsqu’il a les attributs suivants :

  • un front haut signifiant la sagesse et l’intelligence
  • des yeux baissés, somnolents pour la modestie
  • une couleur noire brillante pour inspirer le mystère
  • des anneaux au cou qui sont signes de santé et de prospérité
  • des oiseaux qui sont les messagers entre les esprits et les humaines
  • des cauris pour exprimer la richesse
  • du tissu blanc pour la pureté rituelle
  • des poissons, des serpents et des tortues qui sont un rappel à la maison du sowo sur les rives
  • des cornes d’antilopes qui traduisent la bonne médecine
  • une marmite à trois pieds qui représente le sowo comme dépositaire du savoir féminin et est un symbole domestique
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Initiées de la société Sande, Sierra Leone. De chaque côté des jeunes femmes, des femmes masquées, en charge de l’initiation. source : wikipedia

Pourquoi ce tabou sur le masque sowei, le masque porté par les femmes.

Pour comprendre le tabou qui règne autour du port du masque par les femmes, il faut faire le point sur les caractéristiques communes à toutes ces associations féminines secrètes. Nous avons pu recenser les caractéristiques suivantes:

  • l’initiation de groupe dans les zones isolées en forêt ;
  • l’usage d’un nom de naissance conféré par la société Sandé à la suite de l’initiation ;
  • un gouvernement hiérarchiquement structuré assurée par des femmes ;
  • une promesse de secret vis-à-vis des hommes et des femmes non-initiés ;
  • des pratiques de mutilations féminines génirale
  • le masque-heaume en bois avec le costume de raphia portés par les dignitaires de la société Sande.

On comprend donc mieux pourquoi ces rites sont restés longtemps sous silence car si vous avez bien lu, vous remarquerez qu’il s’agit de sociétés « SECRETES » et par conséquent les pratiques doivent rester bien évidemment secrètes.
On sait également que le poids des traditions et des coutumes, notamment en Afrique noire, qui voulaient qu’un rite initiatique, et de surcroit secret, soit préservé et non communiqué engendrait une peine d’exclusion partielle voire définitive de la communauté pour la personne qui révélait les pratiques. Cette personne ayant ainsi brisée sa promesse de silence et donc de protection des personnes initiés vis-à-vis des non initiés. Il n’est donc pas surprenant de trouver peu d’information sur le sujet. Les personnes qui dévoileraient des détails seraient perçues comme des traites.
Le dernier point que l’on pourrait évoquer est le fait que la femme est déjà pourvue d’un pouvoir naturel inexplicable qui est celui de l’enfantement. Ce qui lui confère déjà un statut sacré au sein des sociétés ancestrales africaines.

Nous sommes donc très loin des explications machistes selon lesquelles les femmes ne doivent pas porter de masque car c’est une fonction exclusivement réservée aux hommes qui sont plus à même de diriger la communauté, de la protéger et de la faire évoluer.

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source: http://www.artmajeur.com

Je suis donc très heureuse si cet article a pu vous éclairer un peu plus sur ce sujet et je vous invite à vous rendre au Bushman Café pour entrer en contact avec la culture Mendé en admirant les quelques masques Sowei qui sont présents. Bonne découverte et Merci aux propriétaires du Bushman Café pour ces merveilles qu’ils mettent à notre disposition !

Sources : wikipédia – encyclopédie universalis

 

 

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