Joël-Eric Missainhoun

La personnalité interrogée ce mois est Joël-Eric Missainhoun que j’ai pu rencontrer dans le cadre du travail mais qui est avant tout un passionné d’art notamment de Jazz et d’images (photographie N/B, cinéma d’auteur, peinture, etc.). J’ai découvert son intérêt pour le Jazz lors de l’Exposition « La Route du Jazz » de Samuel Nja Kwa qui s’est tenue en juin 2015 à Abidjan pour laquelle il a apporté son soutien.

Misainhoun

1. Joël-Eric Missainhoun, que faites-vous dans la vie, quel est votre parcours et vos activités actuelles ?

Je suis Associé du Cabinet AfricSearch et je dirige les activités des bureaux de Côte d’Ivoire et du Cameroun. Africsearch est un Cabinet de recrutement et de conseil en gestion des ressources humaines qui existe depuis 20 ans. AfricSearch a en effet été créé en 1996 à Paris, avec pour objectif, de mettre en valeur la richesse des Ressources humaines dont l’Afrique dispose sur le continent et au sein de sa diaspora.

Avant de rejoindre AfricSearch, j’étais avocat. J’ai étudié le droit en France (Université de la Sorbonne) et j’ai obtenu le diplôme d’Avocat à l’Ecole du Barreau de Paris. J’ai ensuite exercé pendant plusieurs années comme avocat à Paris.

Mon parcours très rapidement, c’est un peu celui là : Né à Abidjan où j’ai grandi; puis à l’âge de onze (11) ans, départ pour la France pour y poursuivre mes études (collège, lycée et université) ; et puis j’ai commencé à travailler. C’était très enrichissant comme expérience professionnelle, Avocat dans un grand cabinet (Big 5 à l’époque). Mais j’ai toujours eu cet appel du continent, cet appel de l’Afrique qui a fait j’ai fini par abandonner le droit et par prendre le chemin des ressources humaines dédiées à l’Afrique.

J’ai fait ce choix pour deux raisons :

  • D’abord, j’avais envie de faire quelque chose qui contribue fortement au développement de l’Afrique ;
  • Et puis quoi de mieux que les Hommes, les ressources humaines, la valeur humaine car c’est la plus grande des richesses dont nos pays peuvent disposer.

2. A l’origine, d’où vient votre passion pour les arts et la culture ? Et comment cela vous a conduit à mener des actions de promotion de l’art et de la culture ?

 

Une sensibilisation familiale, une curiosité personnelle, des rencontres avec des artistes, des voyages, une passion pour le jazz et les images

Mon intérêt pour l’art et la culture vient certainement d’abord un peu de la famille. Mon père aimait beaucoup l’art et surtout la musique. C’était un fan de musique, de groupes de reggae, aussi bien de musique française que cubaine etc. Et puis, bien sûr la photo. C’était un collectionneur de pochettes de disque (vinyle) notamment, surtout les éditions spéciales, les collector, etc.

Mon parcours en France a également eu une certaine influence… Il y a, notamment à Paris, énormément d’options culturelles et de possibilités pour toutes formes d’art. Et je crois que c’est là que j’ai appris à découvrir l’art

Par exemple quand j’étais étudiant, j’allais travailler à la Bibliothèque George Pompidou, à Beaubourg. Et à Beaubourg, il y a la bibliothèque mais également un bel espace d’exposition. C’est plutôt de l’art contemporain. On ne pouvait pas passer à côté sans s’arrêter, sans regarder, sans visiter. Cela a créé chez moi une curiosité artistique.

L’art est très présent et très diversifié en France, et le Cinéma en donne également une expression parfaite. Un cinéma très artistique bien différent des Blockbuster américains, un cinéma un peu décalé. Et donc je me suis découvert comme ça un intérêt, par exemple pour les films asiatiques, le cinéma d’auteur, qui met surtout l’accent de magnifiques images (on appelle cela la photo je crois), de beaux dialogues également, etc.

Et puis j’ai croisé quelques artistes sur ma « route de l’art », certains sont devenus des amis. Des musiciens surtout africains mais également européens qui s’intéressaient à la musique africaine, des photographes….pas mal de gens qui petit à petit m’ont ouvert les yeux sur la création, sur le côté artistique et puis cela continue aujourd’hui. Tout ce qui tourne autour de la beauté, bien que ce soit subjectif : l’art du beau, la belle musique, les belles images, les belles photos, tout ce qui est agréable à lire, à voir…et je suis toujours dans cette découverte, au quotidien.

J’ai également découvert quelques artistes aux Etats Unis. J’ai, en effet, eu l’occasion de voyager un peu à New York et j’essaie de trouver un moment pour aller découvrir telle ou telle expo. Mon activité professionnelle me donne de nombreuses occasions de voyager, et j’essaie chaque fois que cela est possible, de visiter les musées ou autres espaces d’exposition d’art avant de repartir même si le temps est court. C’est plutôt la découverte !

Cela passe aussi par ma passion du Jazz. J’aime beaucoup le Jazz. J’aime cette musique parce qu’elle est pleine de richesse. Elle apaise en même temps qu’elle vous entraîne, tout y est découverte, les compositions, les arrangements, les interprétations, etc. J’adore !

Et derrière le Jazz, il y a toujours ce côté noir et blanc qui ramène automatiquement à la photo, à l’image, des images en noir et blanc. D’où l’Expo que nous avons accompagnée en Côte d’Ivoire qui s’appelle la «Route du Jazz» réalisée par un artiste Franco – Camerounais, Samuel Nja Kwa. D’abord journaliste, il s’est ensuite orienté vers la photo et a passé une bonne partie de sa vie à suivre les artistes de jazz un peu partout, notamment au cours de concerts aux Etats Unis, au Canada, etc. Ainsi, petit à petit, il a accumulé cette magnifique collection et en a fait une exposition et un livre. Il poursuit son travail. Nous nous sommes connus en France, alors que nous étions encore étudiants. Nous sommes devenus des amis très proches. Et donc quand il a voulu venir exposer à Abidjan, c’était naturel que je sois à ses côtés. D’abord pour l’accompagner et l’encourager dans son travail mais également pour permettre à un maximum de personnes de découvrir cette exposition. C’est ainsi que nous avons monté cette expo en partenariat avec le Sofitel Abidjan Hôte Ivoire.

On n’en finit pas de découvrir ! Et moi, ce que j’aime, c’est de voir l’évolution de ces talents, à travers le temps, de leurs premières œuvres à maintenant et de voir ce que ça donne 15, 20 ans après. J’ai découvert ainsi par exemple, Ananias Leki Dago, photographe ivoirien il y a pas loin d’une vingtaine d’années à Paris, par personne interposée et notamment Samuel Nja Kwa (la Route du Jazz). C’était une expo quelque part au cœur de Paris, en marge d’un concert dans une petite salle parisienne dans les quartiers très animés. J’y ai également croisé Issa Diabaté qui est un amoureux d’art par son métier, mais également par passion.

Donc c’est Issa qui m’a présenté Ananias Leki Dago pour la première fois. Et maintenant, je vois l’évolution de son travail. Je sais qu’il est rentré et qu’il essaie de développer des choses ici. C’est très bien.

 

Le développement du « mécénat », aussi bien celui des grandes multinationales comme Total qui devient une institution dans le domaine, que celui d’anonymes, qui accompagnent, soutiennent des artistes de façon plus «discrète», permet de démocratiser l’art, un peu plus chaque jour. De sorte que ce monde autrefois très fermé et réservé à des initiés, s’ouvre et permet à une population moins experte de découvrir un autre monde.

 L’évolution de la photographie en est un bon exemple. Avant, le grand public ne connaissait de la photo que celles qu’on prenait en famille, et qui se conservaient en album. Rares étaient les personnes qui s’intéressaient aux photos dites artistiques.

Je veux dire que notre rapport à l’art est en pleine transformation, et que nous sommes en train de passer un cap dans notre apprentissage de l’art, nous découvrons des domaines auxquels nous n’étions absolument pas sensibles.

Je trouve justement que des supports comme le vôtre, permettent d’autres formes d’expositions et représentent un véritable soutien pour ces artistes.

Pour moi c’est donc tout simplement la passion, l’amour de cet environnement, du Jazz, d’artistes comme Nat King Cole, Georges Benson, Paco Sery, (un phénomène celui-là) et bien d’autres … je ne peux pas entendre quelques notes d’eux sans réagir… Donc tous ces personnages mis en scène par Samuel Nja Kwa. Il fallait que je fasse quelque chose. C’était super important d’accompagner l’artiste et de participer.

3. Pour aller plus loin, nous avons pu constater que des pays comme le Ghana, le Nigéria ou l’Angola sont plus en avance dans la promotion des artistes. Pensez vous que des choses sont en cours sur la marché ivoirien ? Comment voyez-vous les choses ?

Il y a des choses qui se font, il y a gens qui mènent des actions mais ce sont toujours des choses un peu isolées. Je connais quelqu’un aujourd’hui qui est entrain de pousser pour essayer de vulgariser le Jazz. Comme par exemple Alain Aman qui pousse beaucoup le Jazz en ce moment en Côte d’Ivoire et il fait également des choses au Ghana.

C’est vrai comme vous dites des pays comme le Ghana, le Nigéria, sont très orientés artistiquement. Ils mettent beaucoup leurs artistes en valeur, notamment dans le domaine de la peinture.

Et d’ailleurs les peintures que j’ai dans mon bureau viennent du Ghana et ce que j’aime bien c’est de trouver de petits artistes, pas très connus, mais bourrés de talent. Ils sont très accessibles en termes de tarif, et ne demandent qu’à travailler et être reconnus.

J’aime beaucoup faire ce type de découvertes, apprendre à les connaître, les aider à exposer.

Toujours dans le domaine de la promotion des artistes, mais à une échelle peut-être plus globale, l’artiste Menelik, chanteur, mais également et surtout grand amateur d’art, et de beau de façon générale. Il est en train de mettre en place un projet très innovant qui a pour but de d’offrir une plateforme internationale au Street Art. En résumé, ce qui se fait dans une rue d’Abidjan pourra être vu à New York, Santiago ou Londres. De plus ces œuvres pourront avoir accès à une cotation internationale et être ainsi mieux valorisées.

C’est quelque chose que l’on voit tous les jours mais que l’on ne valorise pas. Il va créer un site qui permettra de valoriser et commercialiser les œuvres des artistes de rue qui n’ont pas d’espace d’expositions. Cette plateforme va leur permettre, petit à petit, de pouvoir s’exprimer et vendre facilement, d’être accessible et visible du monde entier et puis on pourra voir des artistes, réalisant leurs œuvres à Abidjan, les vendre à New York.

Derrière ça, nous réfléchissons à faire un Festival de Street Art. Par exemple lorsque l’on voit nos immeubles qui ont 15/20 ans d’existence et qui ne sont pas du tout ravalés, il n’y a pas de peinture, ils sont gris, ceux du Boulevard Latrille par exemple. Si on dit : « Ecoutez ! On ferme la rue ! On donne libre cours aux jeunes artistes avec des pots de peintures qui seront peut être sponsorisés par les marques différentes ! ». Du jour au lendemain, le Boulevard Latrille aura une autre apparence. On donnera peut être du baume aux cœurs aux résidents qui vont sortir de la grisaille et se retrouver dans un environnement coloré. Donc au delà même de l’exposition que l’on donne aux artistes, je crois que l’on donne aussi aux habitants la possibilité de s’ouvrir à autre chose car toutes les personnes qui habitent dans ces immeubles ne savent peut-être pas ce qu’est le Street Art. Du jour au lendemain, en faisant cela, ils vont découvrir, s’intéresser à ce type d’art. Il s’agit donc véritablement d’un mélange des genres, un côté social et un côté artistique. C’est donc un peu ce type de projet que j’aime bien !

4. En Côte d’Ivoire, et plus largement en Afrique, l’art n’est pas réellement valorisé dans les familles. Ceci explique peut être cela ?

Effectivement, l’art n’est même pas secondaire…. C’est donc bien de vulgariser un peu ça ! Je crois que cela élève un peu les consciences. On sort un peu des problématiques quotidiennes et on commence à s’aérer car regarder un mur peint avec plein de couleurs, de dessins, etc. et commencer à se poser des questions, c’est que l’on est déjà en train de s’aérer. On sort de ses problèmes quotidiens et on rêve. Cela permet donc aux gens d’ouvrir un peu les « vannes » et de sortir de leur petite fenêtre.

On essaie donc de constituer quelque chose qui permettrait de valoriser les arts en ouvrant les frontières pour permettre à la population d’accéder à des domaines qui sont complètement banalisés ailleurs et qui chez nous restent encore très confidentiels !

4 comments on “Joël-Eric Missainhoun

    • Bonjour, je vous remercie de votre retour sur cette interview et prend bonne note de votre contribution.
      Je vous souhaite un bon week end.
      Bien à vous,
      Isabelle

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