Au rythme du reggae…

Rencontre avec un spécialiste de la musique jamaïcaine…

C’est sur les conseils de Désiré Aloka, gérant du Parker Place que j’ai pris le soin d’approcher, durant le Festival Abi-Reggae, KROUBO DAGNINI Jérémie qui est un docteur franco-ivoirien en études anglophones depuis 2010 del’Université Michel de Montaigne de Bordeaux 3 et spécialiste de la musique jamaïcaine. Actuellement chercheur associé au Centre d’Etudes Politiques Contemporaines à l’Université d’Orléans et parallèlement professeur d’anglais, écrivain, conférencier, traducteur, directeur d’ouvrages (chez Camion Blanc) etc., il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Vibrations jamaïcaines. L’Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle (2011, Camion Blanc) et Bob Marley & the Wailers 1973-1976 (2013, Camion Blanc) coécrit avec Lee Jaffe.

Cette rencontre a été très riche car j’avais en face de moi « une pointure ». En effet, le Festival International du Reggae d’Abidjan qui s’est tenu du 9 Au 12 avril 2015 à au Palais de la Culture d’Abidjan a permis à des artistes, des musiciens, des chercheurs, des spécialistes, des fans, des amateurs… venus des quatre coins du monde de se réunir, la journée, durant des ateliers et des panels pour échanger sur des thèmes tous liés au reggae et notamment à la jeunesse ; et durant la soirée, pendant des concerts en plein ai animés en autres par Kajeem, Isamel Isaac, Tupaï, Fadal Dey, Jim Kamson, Spyrow, Naftaly, Ras Goody, Alpha Blondy, Jah Lude,… Un moment d’échanges et de détentes qui nous fait juste réaliser que la Côte d’Ivoire est aussi une terre du reggae…

Quand l’étude du reggae nous révèle…

Comme je l’ai expliqué en introduction, Jérémie est un spécialiste de la musique jamaïcaine. Cette musique qui est souvent prise pour cible surement par méconnaissance et surtout pour son association à des idées reçues comme « tout fan de musique jamaïcaine, fume forcément des joints » et j’en passe… Et bien c’est tout simplement faux ! Au moins, en prenant mon exemple, une personne déroge à la règle…

J’aime beaucoup cette musique. Je l’ai apprécié et découverte grâce à mes parents et précisément grâce à ma maman qui appréciait particulièrement Bob Marley et Jimmy Cliff. Les vinyles de mes parents sont encore le témoignage vivant de cette belle époque musicale qui m’a poussé à approfondir le sujet en classe de 5ème où j’ai vraiment cherché à connaître et comprendre ce mouvement à travers quelques recherches sur internet et quelques lectures sur notamment l’histoire de Bob Marley. Ce fut une belle découverte…

Mais rencontrer Jérémie a également été une découverte plus heureuse et plus riche. En effet, si vous avez soif de connaissance sur le domaine, je crois bien que nous avons déniché la « perle rare ».

A l’origine, il a publié son 1er livre, Les origines du reggae : retour aux sources, en 2008 quand il était encore doctorant. Ce livre s’inspirait de ses travaux de thèse. Le livre est paru en 2008 chez L’Harmattan et a été réédité en 2013 chez Camion Blanc. Je n’ai pas encore lu ce livre mais les critiques que j’ai pu lire me font me dire qu’il atterrira bientôt sur ma table de chevet. Et pour parler de qualité, je pense vraiment qu’on y est car réussir à faire un livre avec la première partie de sa thèse signifie qu’il y a de la matière et Jérémie en parle avec humilité, je le cite : « J’avais fini la 1ère partie de ma thèse et je me suis dit que ça pourrait faire un livre intéressant sur les origines du reggae, donc j’ai publié cette 1ère partie sous la forme d’un livre. » Et ça tout simplement marché !

Ensuite, quand il a soutenu sa thèse en 2010, il a tout naturellement voulu en faire une publication d’où son 2nd livre, Vibrations jamaïcaines. L’Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle (2011, Camion Blanc), qui se positionne comme une référence dans le domaine. Jérémie le défini sans aucun doute comme son ouvrage « le plus complet » : http://www.camionblanc.com/detail-livre-vibrations-jamaicaines-l-histoire-des-musiques-populaires-jamaicaines-au-xxe-siecle-403.php

Par la suite, il saisit les opportunités pour publier d’autres ouvrages et réaliser des traductions comme celle d’un livre, Lee « Scratch » Perry : People Funny Boy (2012). Aujourd’hui, en plus de toutes ces activités, il publie ponctuellement des ouvrages pour la maison d’édition Camion Blanc et dirige un ouvrage collectif sur les musiques noires (cf. http://www.fabula.org/actualites/appel-contribution-pour-un-ouvrage-collectif-sur-les-musiques-noires_64926.php ).

Au niveau de ses perspectives, Jérémie s’imagine bien évoluer dans l’élaboration de livres d’art pour travailler sur des artistes comme Jean-Michel Basquiat par exemple. En effet, il a déjà écrit un livre avec un proche de Basquiat, Lee Jaffe. Ce livre portait sur Bob Marley, car Lee Jaffe a également fréquenté Marley. Mais il se pourrait qu’ils travaillent ensemble sur un livre traitant cette fois-ci de Basquiat. Jérémie c’est un passionné d’art en général et je pense que c’est pour cela que le courant est bien passé entre nous ! Je le cite : « L’art m’intéresse beaucoup. D’ailleurs depuis quelques temps, je m’intéresse aux jeunes peintres ivoiriens comme Aboudia ou Armand Boua, j’ai l’impression qu’il y a une vitalité artistique en ce moment à Abidjan, un bouillonnement culturel. J’ai aussi entendu parler de la Basquiat Art Gallery à Abidjan qui m’a l’air d’être un lieu artistique très dynamique… » et je confirme son propos. Abidjan bouillonne d’expression culturelle et artistique et il y a de belles choses à faire…

 

Jeremie, le Reggae, l’Histoire…

Notre spécialiste a découvert le reggae très jeune, à l’âge de 10-12 ans avec, si ses souvenirs ne lui font pas défaut, des artistes comme Bob Marley, son fils Ziggy Marley, Steel Pulse, Gregory Isaacs et bien sûr Alpha Blondy. Pour lui, la musique reggae était une musique attirante pour « avec notamment ses rythmes afro-caribéens, ses messages engagés, et sa spiritualité ». En effet – je le cite- « le reggae traite du « retour en Afrique », dénonce les injustices sociales et raciales, combat la pensée dominante, donc forcément ça a parlé au jeune métis que j’étais dans les années 80. A dire vrai, c’est un groupe local, Oracle, qui m’a beaucoup influencé. Ensuite, lorsque je venais en vacances à Abidjan, j’ai découvert d’autres artistes ivoiriens comme Hamed Farras ou Tiken Jah Fakoly. ».

Pour plus d’infos sur ce groupe rémois, Oracle, cf. l’article que j’ai écrit en 2007: http://www.reggae.fr/lire-article/979_La-scene-reggae-roots-de-Reims.html et voir aussi la vidéo suivante : https://www.youtube.com/watch?v=i6fFBZQLT08

Le reggae a donc un lien incontestablement fort avec l’histoire passée, présente et future pour son caractère de musique informative, culturelle et pédagogique. Je suis donc d’avis avec Jérémie pour son intérêt pour « le contexte socio-historique de la musique jamaïcaine. »

« Le reggae a vu le jour dans une société postcoloniale, et ça m’intéresse de mettre en lumière les différents facteurs sociétaux qui ont permis l’émergence de cette musique qui rayonne désormais dans le monde entier. Mes ouvrages ont donc non seulement une dimension musicale, mais aussi une dimension culturelle, informative, pédagogique (à l’instar du reggae d’ailleurs). »

Nous devons donc voir cette musique non pas comme un simple enchainement de mélodie et de rythmes mais avant tout comme un message à comprendre et à interpréter. Un message à l’attention des générations futures notamment de la jeunesse ivoirienne. Car la musique Reggae est très écoutée en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire au regard de l’affluence et de la composition de l’audience au Festival Abi Reggae. Je me rappelle d’une citation clef de Kajeem lors d’une conférence qui a eu lieu dans le cadre du Festival : «  la jeunesse africaine doit rester en Afrique ! Tout se passera ici dans l’avenir ! Restez chez vous et écrivez l’histoire ! »

Mais je laisserai les mots de la fin à Jérémie : « La musique en Afrique va sans aucun doute continuer d’évoluer et d’influencer les courants musicaux du monde entier : sans la musique africaine, il n’y aurait jamais eu de jazz, de blues, de reggae ou de rap. La musique africaine est la base, le socle des musiques du monde entier. En ce qui concerne le reggae en Côte d’Ivoire, lui aussi va continuer à évoluer, à muter au fil du temps en s’imprégnant d’autres courants musicaux (afro-caribéens ou non). Aujourd’hui, de toute façon avec Internet, la culture musicale est mondiale, globale, les influences viennent de toutes parts. Mais je pense qu’il continuera à faire évoluer les mentalités, car quelle que soit sa forme, le reggae continuera d’avoir un rôle pédagogique, informatif. »

Pour plus d’info voir ses sites :

http://jeremiekroubo.wix.com/jeremiekroubodagnini http://jeremiekroubodagnini.tumblr.com/

son CV sur la page de l’Université d’Orléans :

http://www.univ-orleans.fr/sites/default/files/CEPOC/documents/kroubo-cv_polen-1.pdf

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